Florent Goumy

Quelques différences entre enfants et adultes en tests utilisateurs…

J’ai conduis cette semaine mes premières séances de tests utilisateurs auprès d’une vingtaine d’enfants pour recueillir des impressions sur un prototype de serious game. En plus d’un moment assez marrant, ça a été l’occasion de vivre plein de petits moments qui illustrent les énormes différences que l’on peut avoir dans la conduite de tests utilisateurs auprès d’enfants par rapport à des adultes. Voici quelques extraits, les enfants rencontrés durant cette session de test avaient entre 8 et 13 ans.

Ce n’est pas un problème de ne pas avoir d’avis

Contrairement à un adulte qui donnera quasiment toujours un avis si on l’amène à développer ses impressions, certains enfants peuvent tout à fait refuser totalement de se positionner.

Moi : Tu en penses quoi de ce jeu ?
Enfant : Je sais pas.
Moi : D’accord, et tu l’aimes bien ou tu l’aimes pas ?
Enfant : Ben, je sais pas.
Moi : Ok, et tu trouves que c’est beau ou c’est pas beau ?
Enfant : Euh, je sais pas.

C’est probablement une conséquence de l’amplification des biais, mais concrètement, ça peut vite devenir assez compliqué d’obtenir des informations si la confiance n’est pas totalement créée.

Un changement total d’avis est tout à fait envisageable

Certains enfants peuvent être largement influencés par les questions, les formulations, ou les personnes présentes. J’ai eu de nombreux petits exemples en ce sens. Les enfants assument d’être nettement moins constants dans leurs réponses que les adultes. La désirabilité sociale l’emporte largement sur la cohérence des réponses et ça peut être déroutant.

Moi : Et ces dessins tu les aimes bien ?

Enfant : Oui c’est beau, j’aime bien.

Parent présent : Ah ben non c’est trop bébé quand même, t’aimes pas quand c’est trop bébé.

Enfant : Ah oui j’aime pas trop.

Moi : D’accord… alors tu dirais que c’est beau ou que t’aime pas trop ?

Enfant : J’aime pas trop.

L’influence sociale est beaucoup plus forte et le choix des formulations et la mise en place du contexte doivent être encore plus minutieux qu’avec des adultes.

Ne pas influencer, mettre en confiance

Lors des tests les enfants se trouvaient de manière encore plus prononcée que des adultes sous un effet de désirabilité”, on pouvait sentir une volonté de plaire et de bien faire ce qui était attendu de leur part lors du test, au détriment total de l’évocation de leurs ressentis réels.

La posture et les formulations doivent donc être parfaitement travaillés pour éviter d’induire des réponses et d’orienter l’enfant dans le test car les enfants peuvent être très très attentifs à l’orientation qui sera donnée.

En me basant sur ce groupe de test, il me semble essentiel que les parents ne participent pas et ne soient pas présents même en tant qu’observateurs. Leur simple présence amplifie oriente largement les réponses des enfants, et s’ils participent c’est la catastrophe, c’est l’avis du parent qui l’emporte totalement.

Au-delà de ça, c’est tout le contexte qui joue un rôle également amplifié dans la mise en confiance, une vraie proximité doit se mettre en place pour que les enfants s’autorisent à s’exprimer et se sentent libre de donner leur avis.

Posted in UX

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